Le secteur industriel est l’un de nos domaines de prédilection. Partenaire Sage certifié Solutions Industrie, Inforope accompagne les PMI dans les démarches initiales et essentielles de transformation digitale et de modernisation de leur gestion de production.
Nous nous sommes intéressés dans cet article au plan France Relance axé sur le soutien à l’industrie nationale initié en juillet 2020, ainsi qu’au plan quinquennal France 2030 pour les secteurs d’avenir lancé en octobre 2021, notamment sur le propos de la relocalisation industrielle.
Ces plans font suite à la mise en évidence au moment de la crise de la covid-19 de la vulnérabilité de la France en matière de dépendance aux fournisseurs internationaux, notamment pour des biens stratégiques.
Tout d’abord un résumé des points clés du bilan de la DGE* publié cet été concernant le dispositif d’appel à projet sur la relocalisation de la production dans les secteurs critiques, lancé dans le cadre du plan France Relance :
Cinq secteurs ont été ciblés dans le cadre d’une approche verticale : agroalimentaire, santé, électronique, intrants essentiels de l’industrie et télécommunications 5G.
L’enveloppe prévue (850 M€) pour l’appel à projet ‘relocalisations dans les secteurs critiques’ a permis de financer près de 500 projets.
« Trois ans après son lancement, le recul temporel permet d’enrichir le bilan qui peut être tiré de cet appel à projet. Le dispositif a atteint ses objectifs en permettant de faciliter la relocalisation de la production d’environ 400 produits dont près de 60% en provenance de pays asiatiques.
Il a bénéficié aux PME de plus de 10 salariés, avec un taux d’aide plus important pour les plus petites entreprises ; il a ciblé de façon prédominante des entreprises en bonne santé économique et financière capables de mener les projets d’investissement et de modernisation visés et a contribué à soutenir l’activité en 2020 et 2021 en ciblant des projets stratégiques. » Xavier Guillet (SCIDE).
Quelques exemples de concrétisations d’après le bilan de la DGE :
Dans le domaine de la santé : parmi les 30 médicaments en tension pendant la crise sanitaire, 24 ont vu toutes ou une partie de leurs étapes de fabrication se relocaliser sur le territoire. Une usine sera construite pour produire le principe actif du paracétamol et couvrir un tiers des besoins européens.
Dans l’agroalimentaire, les investissements ont favorisé le rapatriement ou le développement d’ingrédients et additifs (conservateurs, antioxydants, enzymes, pigments naturels notamment), les protéines végétales et alternatives ou encore les emballages alimentaires. La dépendance à l’importation hors UE a été réduite de 5% pour les protéines végétales, principalement le tourteau de soja.
Pour les matériaux et des métaux, l’appel à projets a ciblé les ressources essentielles susceptibles de créer un effet domino en cas de rupture d’approvisionnement. Les projets soutenus visent à produire par voie de recyclage d’aimants jusqu’à 800 tonnes de terres rares afin de couvrir 30 à 50% des besoins nationaux.
Dans la chimie, des domaines critiques comme les actifs pharmaceutiques et les semi-conducteurs ont été soutenus, ainsi que des domaines centraux pour la transition écologique, comme la biochimie
En électronique, trois priorités ont été identifiées : le développement du secteur des semi-conducteurs, le rapatriement de la production d’intrants et de composants électroniques critiques, et le renforcement des capacités d’assemblage. Ceci permettra 23 nouvelles industrialisations en France (à base de technologies jusqu’alors non maitrisées en France), y compris la fabrication de plaquettes de carbure de silicium pour les composants électroniques de puissance.
Le renforcement de la souveraineté de l’économie se poursuit aujourd’hui
Des investissements d’ampleur sont engagés dans le cadre du plan quinquennal France 2030.
Annoncé en octobre 2021, le plan vise à répondre aux défis sociétaux, notamment en matière de production d’énergie décarbonée, de décarbonation de l’industrie et des transports, d’alimentation saine et durable, de santé ou encore de souveraineté numérique. Il couvre l’ensemble de la chaîne de valeurs, de la recherche fondamentale, à l’innovation et jusqu’à l’industrialisation.
L’investissement pour le projet France 2030 s’élève à environ 54 milliards d’euros, 7,25 milliards d’euros sont notamment alloués pour aider de manière globale les entreprises innovantes et pour financer leur phase initiale d’industrialisation. Les projets sont identifiés et sélectionnés au travers d’appels à projets (AAP) ou d’appels à manifestation d’intérêt (AMI). Le soutien se présente sous la forme de subvention, de fonds propres ou d’avances récupérables est proposé.
France 2030 prolonge la politique de sécurisation des chaînes d’approvisionnements.
Pour améliorer la résilience de ses secteurs clés, d’autant plus depuis la crise en Ukraine, la France poursuit ainsi sa stratégie de sécurisation de ses chaînes d’approvisionnement.
Dans le secteur de la santé, le programme « France 2030 » vise à relocaliser la production de médicaments essentiels et de leurs principes actifs en France. Une méthode a été développée pour identifier les médicaments prioritaires à relocaliser, avec déjà une cinquantaine de médicaments ciblés dans le cadre du plan.
Pour l’agroalimentaire, un appel à projets doté de 300 millions d’euros cherche à relocaliser des industries clés en France, à soutenir l’industrialisation pour les besoins alimentaires futurs et à encourager la transition vers des pratiques agroécologiques.
Le projet « Métaux Critiques » vise à réduire la dépendance de la France aux métaux essentiels pour ses industries stratégiques. Avec un budget de 500 millions d’euros, ce projet cible des initiatives rapidement industrialisables et donne la priorité aux nouveaux acteurs. Les projets sélectionnés devront démontrer leur dépendance aux métaux critiques et comment ils réduiront cette dépendance de 5 points.
Les initiatives France Relance, dotée de 30 milliards d’euros pour l’industrie, et France 2030 pour les secteurs d’avenir ont été mises en place se voient aujourd’hui complétée par le projet de loi sur l’Industrie verte, visant à faciliter la création d’usines en France (approuvé en première lecture par l’Assemblée le 21 juillet 2023, il sera à nouveau discuté à l’automne).
« Relocaliser, ce n’est pas faire revenir des productions à faible valeur ajoutée en France. Relocaliser, c’est produire en France des produits qui sont indispensables à notre indépendance, je pense par exemple à des médicaments, des principes actifs de médicaments ou alors développer de nouvelles chaînes de valeur sur lesquelles nous avons toutes les compétences et tous les savoir-faire pour réussir » – Bruno Lemaire
Face à cette accélération des investissements dans les productions à valeur ajoutée, les chiffres de l’industrialisation montrent cependant l’ampleur de l’effort à produire pour changer la donne.
« Depuis 2017, il y a eu près de 280 créations nettes d’usines sur le territoire, dont 210 au cours des deux dernières années. Le secteur manufacturier a aussi créé 110.000 emplois depuis 2018, ce qui représente une hausse de 5 % des effectifs. L’emploi industriel reste toutefois inférieur à son niveau d’avant la crise financière de 2008. » Source : Interview Les Echos de Thomas Grjebine – Economiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), Thomas Grjebine – Août 2023.
Il est important de noter que le tissu productif s’est amoindri ces dernières années dans de nombreux pays européens.
La proportion de l’industrie manufacturière dans l’économie est en baisse, passant de 18 % du PIB de l’Union européenne en 2000 à seulement 15 % en 2021. Ce chiffre moyen masque d’importantes variations entre les différents pays membres. Actuellement, l’industrie est surtout présente dans le nord de l’Europe — notamment en Allemagne, Autriche, Finlande et dans la partie nord de l’Italie — ainsi que dans les pays de l’Europe de l’Est, où près d’un cinquième de la richesse est encore générée par ce secteur.
À l’inverse, dans le sud de l’Europe, y compris la France, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB est descendue à environ 10 à 11 %.
Les affirmations selon lesquelles des relocalisations d’activités pourraient bientôt réindustrialiser le continent restent ainsi en décalage avec la situation actuelle. L’objectif de remonter la part de l’industrie dans le PIB en France à 15 % se positionne comme un objectif très ambitieux.
Au global les difficultés pour (re)localiser demeurent très liées aux coûts :
Difficile de revoir toute son organisation industrielle lorsque l’on a investi récemment à l’étranger.
« La question des coûts demeure également : le différentiel de coûts reste très important en produisant en France ou Europe de l’ouest par rapport à l’Asie, notamment pour toutes les activités très intensives en main d’œuvre », Anaïs Voy-Gillis, chercheuse à l’IAE de Poitiers (article rfi.fr).
Comment modéliser les avantages et inconvénients des délocalisations/relocalisations avec la GPAO ?
Les outils de GPAO ou d’ERP performants permettent aujourd’hui aux PME PMI d’appréhender les différents scénarios pour un budget pas forcément onéreux.
Les coûts salariaux représentent 16% des coûts finaux dans l’industrie. Il est envisageable de réaliser des économies sur plusieurs aspects grâce à la GPAO (Gestion de Production Assistée par Ordinateur) :
- La GPAO optimise les coûts de fabrication en permettant un contrôle précis du coût par unité de chaque produit, révélant ainsi des opportunités d’économies.
- En général, elle contribue à réduire les stocks de matières premières de 20%, diminuant de ce fait les frais de stockage et leur valeur comptable.
Par ailleurs, la relocalisation, combinée à l’utilisation de la GPAO, offre des avantages en termes de compétitivité autres que les coûts :
- Elle améliore la trésorerie (les importations de Chine pouvant impliquer par exemple un paiement du sous-traitant 30% à la commande et 70% au départ de la livraison) et les délais de livraison.
- Elle simplifie le processus d’achat.
- Elle offre une meilleure qualité de produit grâce à des modules ISO inclus dans la GPAO.
- Elle permet une plus grande flexibilité dans la production de plus petites séries, plus facilement gérable dans le contexte d’une production sur site que délocalisée
- Elle encourage l’innovation, notamment grâce à l’intégration de modules de CAO ou de PLM dans un ERP
La relocalisation combinée à gestion de production constitue un réel facteur clé de compétitivité, parlons-en 🙂
Sources :